[Critique Jeux vidéo] – Kôna

Voici la critique du jeu Kôna pour la PS4.

Collaboration spéciale de Justin Baillargeon

Alors que la vague déferlante de jeux vidéo en monde ouvert bat son plein depuis maintenant quelques années, les studios indépendants tentent de se démarquer en développant des concepts aux proportions certes plus restreintes, mais sans toutefois être dénués d’ambition. Parmi ces jeux, on retrouve Kôna, un jeu multi-plateforme 100% Made in Québec sorti grand vainqueur d’une campagne de sociofinancement sur Kickstarter et menée par les studios Parabole. Paru en version intégrale au crépuscule de la saison hivernale de 2017 après plus d’un an en accès anticipé sur la plateforme Steam, ce jeu promet de ne pas vous laisser de glace…

Une sensation étrange s’empare de nous à la vue du drapeau fleurdelisé à l’entrée d’un petit village en bordure du Lac Atâmipêk situé à 100 km au nord de Chibougamau dans le Nord du Québec, avec en voix-off un narrateur au timbre familier. Mêlant habilement les genres du survival-horror et de l’enquête policière, avec comme toile de fond une véritable lettre d’amour à la culture québécoise, ce jeu d’aventure à la première personne transporte le joueur au coeur des années 1970. Ce dernier incarne Carl Faubert, un détective privé montréalais engagé par William Hamilton, un riche homme d’affaires anglais, pour une tâche bien mystérieuse. En route vers son lieu de rendez-vous pour rencontrer son employeur, notre héros entre en collision avec une voiture sur une route entourée d’une forêt dense, et se retrouve pris au piège dans une tempête hivernale d’une envergure surnaturelle.

L’aventure débute réellement alors que Carl se réveille seul dans son pickup Chevrolet enseveli sous la neige dans le fossé de la route. Équipé de sa lampe de poche et de son journal où il note consciencieusement ses avancées en matière d’enquête (excellent aide-mémoire pour le joueur), le détective a désormais un ennemi de taille : le froid. Le joueur est alors amené, tout au long du jeu, à lutter contre une température glaciale et un blizzard constant. La survie du personnage s’impose donc comme un des objectifs majeurs de cette intrigue policière à saveur surnaturelle, et le joueur doit rapidement trouver divers outils pouvant l’aider à se réchauffer. La narration par l’acteur québécois Guy Nadon, grand habitué du doublage, contribue prodigieusement au climat fort tendu. Immersif en tout point de vue, Kôna se démarque pour son atmosphère oppressante rendue possible grâce à des effets sonores très réalistes et une excellente bande-son aux airs rétro composée par le groupe québécois CuréLabel. La musique, qui accompagne bien le récit, est parfois trop répétitive, notamment lors des moments passés en voiture. Le jeu propose une jouabilité classique à la première personne qui ne laissera pas indifférents les amateurs de réalité virtuelle. En effet, le joueur peut se déplacer librement à travers la vaste forêt austère, à l’intérieur des maisons et des différents lieux des environs. Sur place, il est alors possible d’interagir avec les nombreux indices qui sont éparpillés dans les multiples recoins de cet univers unique, afin d’en apprendre davantage sur cette histoire en tout point énigmatique. Vous l’avez sans doute compris, le récit de Kôna suscite la peur, l’angoisse et l’anxiété. Cette expérience vidéoludique rappelle celles des studios français Quantic Dream et leurs richesses scénaristiques.

Cependant, la jouabilité de Kôna aurait gagné à être améliorée. L’interface extra-diégétique, la majeure partie du temps absente à l’écran et qui nous indique au moment opportun l’état physique et mental du protagoniste tout au long de l’intrigue, aurait mérité un court tutoriel en début de jeu afin de familiariser un peu plus le joueur avec ses différentes composantes. Stylistiquement réussi, le visuel reproduit à merveille l’ambiance rétro de l’époque, sans parler des moments transcendants qui rappellent à certaines occasions les célèbres cauchemars de Max Payne dans la série du même nom. Certaines faiblesses sont à noter au niveau de la qualité graphique souvent trop « carrée », ce qui laisse croire qu’il pourrait s’agir d’un jeu qui date de quelques années. De plus, le temps de chargement beaucoup trop long lors du passage de certaines frontières invisibles parvient presque à nous faire décrocher, car il donne parfois la fâcheuse impression d’un bogue en plein milieu d’une partie.

Kôna est un de ces jeux vidéo que l’on a hâte de retrouver, non pas pour son expérience vidéoludique assez rudimentaire, mais plutôt pour la qualité de son scénario aux ramifications complexes de grande qualité et de son intrigue haletante. Parmi les jeux à grand déploiement se trouve cette pépite qui mérite l’attention de tout gamer à la recherche d’une expérience inoubliable qui fait froid dans le dos !

 

Note : 8/10

 

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